Francis Jammes et Paul-Jean Toulet, deux écrivains en Béarn

Francis Jammes et Paul-Jean Toulet, deux écrivains en Béarn

Francis Jammes

Portrait de Franics Jammes ; 1917 / photographie / Bibliothèque Patrimoniale Pau / cote PHA53 (33)

Né en 1868 sous l’aile bleue des Pyrénées, à des années lumière des cénacles parisiens, Francis Jammes aurait pu demeurer un parfait inconnu. Les circonstances ou la Providence, comme on voudra, l’ont assez tôt fait connaître de Mallarmé, d’Henri de Régnier, de Gide, puis de toute une génération qui aspirait à se libérer d’un symbolisme devenu irrespirable. Avec De l’Angélus de l’aube à l’Angélus du soir, Le Deuil des Primevères, Clairières dans le Ciel, mais aussi avec des recueils postérieurs à son retour au catholicisme, Francis Jammes a opéré une véritable révolution poétique. Au moyen de mots très simples, en vers comme en prose, il a ouvert les yeux de ses lecteurs sur la beauté du monde et de la vie ordinaire. Non sans mêler à son chant de plein air un parfum de passé, les couleurs d’un ailleurs, un souffle d’éternité.

Aujourd’hui oublié ou caricaturé, Francis Jammes fut naguère reconnu par les plus grands, en France et à l’étranger, de Gide à Claudel, de Rilke à Kafka… Proust l’admirait, qui lui emprunta l’image des jeunes filles en fleurs... Mauriac lui demeura fidèle, qui le tenait pour un maître et un ami...

Autrefois, aujourd’hui : Francis Jammes, un poète, un ami.

Pour aller plus loin : Francis Jammes Poète (1868-1938) / par Jacques Le Gall

Exposition virtuelle : Francis Jammes Poète

Paul-Jean Toulet

 

P.-J. Toulet. Portrait au fusain par Suzanne Clausade ; 1930 / Bibliothèque Patrimoniale Pau / cote 250450

Né à Pau en 1867, Paul-Jean Toulet y goûta « ce fuyant plaisir de vivre » qui stigmatise les grands désirants. Du Béarn des gaves et de la « douce plage » de l’île Maurice, des nuits d’Alger et des brumes de Londres, de Paris et de sa bohème distinguée, du lointain Tonkin et du « fer changeant » d’un château girondin où on le maria, « ce jeune dieu, à la couleur de miel » (ainsi le décrit Jammes) ne savait retenir que la « grâce évanouie » de bonheurs passés. C’est sur la cote basque, à Guéthary, que le dandy désenchanté s’échoua et mourut, âgé de cinquante-trois ans. « Loup maigre » affamé d’alcools forts et de femmes faciles (mais jolies), de drogues et de livres, cet orphelin définitif n’aura trouvé pour se défendre que l’ironie et l’écriture.

Ses écrits ? Des bouts de romans décolletés signés Curnonsky ou Willy, des tas de chroniques journalistiques et notes critiques, une pièce de théâtre, un embryon de Journal, des traductions, une foultitude de lettres étincelantes (d’abord « à soi-même »), des contes et des romans (Monsieur du Paur homme public, La Jeune Fille verte, Mon amie Nane), des vers polis et repolis.

Ce qui rend immortel le poète épris de fantaisie et de grammaire, c’est le style. Le style des cinglants aphorismes colligés dans Les Trois Impostures ; le style des Chansons, Dixains, Coples et de soixante-dix Contrerimes posthumes mais parfaites.

 

Jacques Le Gall
Maître de conférences en langue et littérature françaises
à l'Université de Pau et des Pays de l'Adour.